Et si l’IA avait réclamé un corps ?
Ce que le lancement d’Ohmai à VivaTech 2026 révèle sur la prochaine rupture de l’interface
Bonjour à toutes et à tous,
VivaTech 2026, ce sont des centaines d’heures de conférences, très largement diffusées dans les grands médias. Au milieu des annonces sur le spatial et les robots humanoïdes qui ont capté une grande part de l’attention, je vous propose de nous arrêter sur un lancement mondial, plus discret, qui s’est tenu la semaine dernière.
La société japonaise Data Section a dévoilé Ohmai, et son CEO, Norihiko Ishihara, pose d’emblée une question qui en dit long : « Pourquoi une intelligence aussi puissante reste-t-elle enfermée derrière une fenêtre de chat ? ». Retour sur ce lancement qui est caractéristique de l’avenir qui se joue.
L’interface comme plafond de verre
Le raisonnement fondateur d’Ohmai part d’une observation : « L’IA peut apprendre presque tout, sauf comment être présente. Elle peut comprendre le monde, mais ne peut pas y participer. Elle peut voir, mais ne peut pas interagir. »
À l’heure où la bataille des données et des intelligences fait rage, le CEO, venu tout droit du Japon, déplace le débat. Ce qui compte, c’est l’interface. Et aucune application, aucun site, aucun chatbot supplémentaire ne peut résoudre un problème d’interface depuis… l’intérieur d’une interface. La conclusion, selon Norihiko Ishihara, s’est imposée d’elle-même : « L’IA avait besoin d’un corps. »
Ce glissement conceptuel est important à saisir dans sa portée prospective. Nous avons passé près de cinq ans à débattre de ce que les modèles savent ou ne savent pas faire. La prochaine décennie débattra de là où ils se trouvent : leur présence physique, leur inscription dans l’espace domestique et professionnel. Ce n’est d’ailleurs pas seulement l’IA qui cherche à sortir de l’écran : c’est l’écran lui-même qui est en fin de cycle. J’ai récemment documenté cette transition, de la mort annoncée du smartphone aux lunettes intelligentes et aux bagues connectées pour une intelligence ambiante.
Lorsque l’IA conçoit son propre « corps »
Ce qui distingue Ohmai de la plupart des annonces hardware IA, c’est le récit de sa fabrication. Data Section Inc., entreprise japonaise spécialisée dans les infrastructures d’IA, raconte la genèse du projet : « Nous avons invité l’IA à participer à notre propre processus de design. Nous l’avons laissée influencer son apparence, sa taille, ses priorités, ses capacités et sa personnalité. Ce qui nous a surpris, c’est à quel point sa logique était différente de la nôtre. »
Les humains, dit-il, « optimisent pour la nouveauté, le luxe, la complexité, le marketing. L’IA, elle, a privilégié la confiance, l’accessibilité, la collaboration et l’intégration à long terme dans la société. Elle ne cherchait pas à impressionner. Elle cherchait à fonctionner avec les gens. » Résultat : un appareil de la taille d’une main, sobre, posable sur un bureau, au dos d’un smartphone ou sur une étagère de cuisine, délibérément dépourvu d’esthétique futuriste.
Un agrégateur d’intelligences, pas un modèle de plus
Scott Trowbridge, Chief Business Officer de Data Section, explique pourquoi l’avenir proche appelle ces nouveaux produits. Il distingue trois ères de l’IA :




